Conte

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Quel succès ce Festival du Roc Castel 2017 … voici un conte  inspiré du Festival et du «  luthier de Venise » écrit par Claire Denis.

Il était une fois un village nommé «  le Quel art ? ».

Sur la place de cette bourgade battue par les vents, avait poussé un orme si haut et si large qu’il envahissait le lieu à peine plus large qu’ un «  tapis déployé ».

Un sculpteur, luthier de son état, avait installé là son atelier. Il était connu dans toute la région pour son habileté à  travailler le bois. L’artiste ouvrait souvent la porte de son échoppe  pour entendre  la symphonie que composait la brassée d’oiseaux nichée dans l’orme ; ainsi le chant des oiseaux   accompagnait-il  gaiement la musique du travail  : scier, rapper, polir,fourbir,  caresser le bois , souffler sur la poussière .

Mais par un hiver  plus rude que bien d’autres, l’orme mourut de la graphiose.
Le sculpteur ne s’en aperçut pas tout de suite  mais quand vint la belle saison , il s’étonna de voir les branches brunes et chauves de l’orme désertées par les oiseaux.

Au conseil municipal du «  quel art ? », il fut décidé de couper l’arbre , laissant la place orpheline.

Le luthier accepta d’entreposer le bois mort  dans sa remise  et n’y pensa plus.

Les années passèrent ;  Bien des pluies et des vents et des froidures  avaient giflé le village, bien des instruments étaient nés des mains de plus en plus ridées du sculpteur.

Et un jour le vieil homme dont la vue n’était plus si vive , butta contre l’orme remisé :

« Sacrebleu ! Je pensai pourtant avoir rangé mon entrepôt !

Qu’est ce que ce tronc vient donc faire là !

Ah, je me souviens : l’orme de la place ! »

Le sculpteur examina le bois  et le trouva vieilli à point ; Il le caressa  pour mieux le connaître et  lui vint alors l’idée d’en extraire un violoncelle aussi haut que le tronc le permettrait.

La confection du violoncelle  dura plusieurs saisons. L’instrument fût terminé la veille du

«  festival du voyage lent » qui avait lieu, chaque année, au « quel art ? ».Sous les doigts du sculpteur étaient nés des hommes, des animaux et des plantes du Larzac, d’étranges créatures aussi, enfouies dans l’imaginaire collectif. Le manche du violoncelle laissait même apparaître, en son embout, la matière brute et initiale de l’arbre coupé.

La fête du village battait son plein et les voyageurs racontaient   leurs aventures à travers le monde quand l’un d’entre eux poussa la porte  de l’atelier. L’homme, nommé Brieux, s’arrêta, sidéré, devant le violoncelle :

« je n’ai jamais vu un violoncelle aussi beau et  aussi habité ! »

Le sculpteur, qui polissait une contrebasse, marmonna :

« je me demande qui sera l’homme capable d’en jouer ! »

Brieuc avait sillonné le monde à vélo à la découverte des instruments les plus insolites. A chaque

découverte, il avait appris à jouer et il savait à présent apprivoiser toute forme d’objet capable de produire des sons.

Il demanda l’autorisation de jouer du violoncelle.Non sans quelque méfiance , le luthier accepta.

Mal lui en pris, car   l’instrument se mit à grincer, crisser, à geindre sous les doigts de Brieuc, qui, cependant, ne semblait pas se décourager..

Alors le vieil homme s’en fût se coucher et laissa Brieuc seul dans la boutique, à affronter l’instrument.

Au petit matin, le luthier fût tiré de son sommeil  par une mélodie  douce et  harmonieuse.

Il ouvrit les volets et la fenêtre de sa chambre, et vit, sur la place désertée par les fêtards, là où l’orme avait vécu, Brieuc, le voyageur,  penché  sur le violoncelle. L’instrument se dressait tel un arbre, et au bout de son  manche avaient poussé des branches et des feuilles  sur lesquelles une brassée d’oiseaux chantaient.

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